On grimpe la rue Lepic, on pousse la porte d’une boulangerie, et l’odeur de beurre fondu nous arrête net. Montmartre, c’est ça : des vitrines qui brillent, des mains qui pétrissent depuis 5h du matin, des éclairs au chocolat posés sur du papier blanc. Entre les adresses historiques et les nouveaux talents, le quartier cache des pâtisseries qu’on ne trouve nulle part ailleurs.
Voici notre sélection, sans filtre, testée un dimanche matin puis un mercredi après-midi. Certaines valent le détour, d’autres méritent qu’on fasse la queue.
Pourquoi Montmartre attire les meilleurs artisans pâtissiers

Le quartier n’a jamais perdu son âme de village. Les artisans s’installent ici parce que les habitants du 18e achètent leur pain tous les jours, parce que les touristes cherchent le Paris authentique, et parce que la concurrence pousse à l’excellence. Une médiocre pâtisserie ne tient pas six mois rue des Abbesses.
Les loyers restent élevés, mais moins délirants qu’aux Champs-Élysées. Résultat : on y croise des jeunes pâtissiers qui sortent de Ferrandi, des MOF (Meilleurs Ouvriers de France) qui ont quitté les palaces, et quelques dynasties familiales qui tiennent boutique depuis trois générations. Cette diversité crée une vraie carte des saveurs.
💡 Notre conseil
Passez en milieu de matinée (10h-11h) : les vitrines sont pleines, les viennoiseries encore tièdes, et on échappe à la cohue du brunch dominical.
Autre atout du secteur : la proximité des coffee shops et restaurants du quartier. Plusieurs pâtisseries fournissent les tables voisines, et certains chefs viennent s’approvisionner ici pour leurs desserts.
Les adresses historiques qu’on ne présente plus

Certaines enseignes font partie du patrimoine montmartrois. Elles ont traversé les décennies, changé de propriétaire parfois, mais gardé leur savoir-faire. On y vient autant pour le goût que pour le rituel.
Boulangerie Grenier à Pain
Installée depuis 1920, cette boulangerie rue des Abbesses a remporté plusieurs fois le prix de la meilleure baguette de Paris. Leur pain au levain fermente lentement, leur croissant croustille sous la dent, et leur flan pâtissier se vend par centaines chaque samedi. Pas de fioritures, juste du classique bien fait.
La queue déborde sur le trottoir le week-end. Les habitués commandent leur brioche la veille pour être sûrs d’en avoir une tranche. L’équipe connaît les prénoms, demande des nouvelles, note les préférences.
Maison Arnaud Delmontel
Arnaud Delmontel, c’est le pâtissier qui a révolutionné le saint-honoré en le rendant moins sucré, plus aérien. Sa boutique rue Damrémont attire les connaisseurs : tartelettes aux agrumes, opéras réinterprétés, babas au rhum imbibés généreusement.
Le style reste parisien classique, mais avec une touche contemporaine dans les associations. Son Paris-Brest à la pistache fait référence, et son mille-feuille à la vanille de Madagascar justifie à lui seul le déplacement.
✅ À retenir
Les adresses historiques misent sur la constance. On y retrouve les mêmes gestes, les mêmes recettes, et c’est précisément ce qu’on vient chercher.
Les nouvelles pépites repérées par le quartier

Montmartre voit aussi émerger de jeunes talents. Ils apportent un regard neuf sur la pâtisserie française, sans renier les bases. Souvent formés dans de grandes maisons, ils s’installent pour proposer leur vision.
Pâtisserie Joséphine rue Custine a ouvert il y a deux ans. La cheffe pâtissière, passée par Le Bristol, y décline des classiques revisités : tarte Tatin caramélisée à point, éclair café-cardamome, kouign-amann pas trop sucré. Les portions restent généreuses, les prix corrects pour le quartier.
Le Petrin d’Antan rue des Trois-Frères propose des pâtisseries aux farines anciennes (petit épeautre, sarrasin). Leur gâteau basque à la cerise noire et leur canelé légèrement vanillé font déjà des adeptes. L’approche plus artisanale, moins industrielle, séduit ceux qui cherchent du goût plutôt que du brillant.
300+
croissants vendus chaque samedi matin dans une seule boulangerie du 18e
Ces nouvelles adresses ne jouent pas la carte du luxe ostentatoire. Elles misent sur le produit, la transparence (liste des ingrédients affichée), et un accueil simple. Exactement ce que recherchent les habitants du quartier.
Les spécialités sucrées à ne pas manquer
Chaque pâtisserie montmartroise a sa signature. Certaines recettes traversent les générations, d’autres naissent d’une intuition, d’un essai transformé. Voici celles qu’on recommande les yeux fermés.
- Le Paris-Brest : ce gâteau en forme de roue de vélo, inventé en 1910, trouve ici ses plus belles versions. Crème mousseline pralinée, pâte à choux croustillante, éclats de noisettes torréfiées.
- L’éclair au chocolat : simple en apparence, redoutable en réalité. La pâte doit être légère, la crème pâtissière au chocolat intense, le glaçage brillant mais pas trop épais.
- Le flan pâtissier : version old school, cuit dans un moule en fer-blanc, avec une croûte dorée et une crème vanillée qui tremble à peine. Certains ajoutent de la fleur d’oranger, d’autres s’en tiennent à la vanille Bourbon.
- La tarte aux fruits de saison : fraises gariguette au printemps, abricots en juillet, figues en septembre. Pâte sablée, crème d’amande légère, fruits disposés à la main.
- Le chou à la crème : nature, au café, au caramel beurre salé. La pâte à choux doit rester creuse à l’intérieur, garnie au dernier moment pour éviter qu’elle ne ramollisse.
Les desserts individuels ont remplacé les grosses pièces montées dans beaucoup de vitrines. Plus pratiques à emporter, plus faciles à déguster sur une terrasse ou dans un square.
Passez en semaine si vous voulez discuter avec le pâtissier. Le samedi matin, c’est la ruée, on sert vite, on emballe, on encaisse.
Une belle pâtisserie se repère : brillance subtile, formes nettes, pas de coulures. Si tout est trop parfait, trop géométrique, c’est peut-être du surgelé décoré.
Un bon gâteau ne sature pas le palais. Le sucre reste en équilibre, le beurre ne laisse pas de film gras, les textures se répondent.
Viennoiseries : le grand test du petit-déjeuner
Le croissant, c’est l’étalon-or d’une boulangerie. Impossible de tricher. Soit la pâte est feuilletée à la main, le beurre de bonne qualité, la cuisson maîtrisée, soit c’est raté.
À Montmartre, plusieurs adresses sortent du lot. Leur croissant croustille à l’extérieur, fond à l’intérieur, sent le beurre sans agresser. Le pain au chocolat (ou chocolatine, selon d’où on vient) doit contenir deux barres de chocolat noir, pas une pâte à tartiner sucrée.
Le pain aux raisins mérite aussi l’attention : crème pâtissière généreuse, raisins gonflés, pâte feuilletée roulée serré. Quand il est réussi, il devient addictif.
| ✅ Signes d’une bonne viennoiserie | ❌ Alertes à surveiller |
|---|---|
| • Feuilletage visible et croustillant • Odeur de beurre, pas de margarine • Mie alvéolée, pas compacte • Cuisson homogène, dorure naturelle |
• Pâte molle, aspect huileux • Croissant tout mou dès qu’on le touche • Goût fade ou trop sucré • Texture caoutchouteuse |
Certaines adresses fournissent aussi les restaurants et cafés parisiens qui ne font pas leur propre pâtisserie. Un gage de confiance quand on voit les mêmes croissants dans une vitrine et sur la table d’un brunch.
Pâtisseries de saison et créations éphémères
Les meilleurs artisans adaptent leur carte aux saisons. Inutile de chercher une tarte aux fraises en novembre ou un Paris-Brest en plein mois d’août. Cette logique garantit des produits au meilleur de leur goût.
Printemps : rhubarbe en compotée, fraises gariguette, fleurs comestibles (violette, sureau). Été : abricots rôtis, pêches de vigne, framboises. Automne : figues fraîches, poires pochées, châtaignes. Hiver : agrumes (clémentines corses, citrons de Menton), pommes cuites, fruits secs caramélisés.
Certaines pâtisseries proposent aussi des créations limitées. Un gâteau inspiré d’un voyage, une collaboration avec un producteur local, une déclinaison autour d’un ingrédient rare (vanille de Tahiti, café d’Éthiopie, praliné maison).
💡 Notre conseil
Demandez au vendeur ce qui sort du four. Les pâtisseries tièdes (chaussons aux pommes, brioches, tartes) révèlent des saveurs qu’on ne retrouve pas une fois refroidies.
Les recettes familiales reviennent aussi en force. Le gâteau au yaourt de grand-mère, le quatre-quarts citron-pavot, le moelleux au chocolat qui coule : des classiques remis au goût du jour, sans prétention, juste bons.
Comment reconnaître une pâtisserie artisanale
Face à la multiplication des enseignes, difficile de distinguer l’artisan du revendeur. Quelques indices ne trompent pas. Le laboratoire visible depuis la boutique : si on voit les pâtissiers au travail, c’est bon signe. Les horaires de fabrication affichés : une vraie boulangerie cuit tôt le matin et en fin d’après-midi.
La liste des ingrédients : un éclair doit contenir lait, œufs, farine, sucre, beurre, chocolat, vanille. Si la liste dépasse quinze lignes avec des codes E et des stabilisants, fuyez. L’aspect des pâtisseries : des petites irrégularités, des nuances de couleur, des traces de manipulation humaine.
Le prix aussi, bien sûr. Un croissant pur beurre artisanal coûte entre 1,30 et 1,80 euro. En dessous, on utilise probablement de la margarine ou du surgelé. Au-dessus, on paie la localisation ou l’image de marque.
- Regarder si le fournil est visible ou si des sacs de farine traînent en arrière-boutique
- Sentir l’odeur en poussant la porte : beurre chaud, vanille, caramel ou rien du tout
- Observer l’équipe : un vrai artisan porte souvent des traces de farine, de sucre glace
- Demander la provenance des œufs, du beurre, de la farine : les artisans connaissent leurs fournisseurs
- Vérifier les horaires : si tout est disponible toute la journée sans rupture, c’est suspect
⚠️ À garder en tête
L’appellation « boulangerie artisanale » est protégée : elle implique que le pain soit pétri, façonné et cuit sur place. Pour les pâtisseries, aucune obligation légale de ce type n’existe.
Emporter ou déguster sur place
Montmartre offre deux expériences. Emporter ses pâtisseries et aller s’installer au square Louise-Michel face au Sacré-Cœur, ou les déguster sur place dans l’une des rares adresses avec salon de thé.
Certaines boulangeries aménagent quelques tables au fond de la boutique. On y boit un café, on partage une part de tarte, on regarde défiler les clients. L’ambiance reste simple, bruyante parfois, mais authentique.
D’autres proposent un vrai espace dédié, avec vaisselle en porcelaine, thés en vrac, chocolat chaud épais. Le prix grimpe, l’expérience aussi. On y vient pour ralentir, lire, discuter sans regarder l’heure.
Pour ceux qui veulent emporter, pensez à demander une boîte rigide si vous prenez plusieurs parts. Les pâtisseries fragiles (mille-feuille, tartelettes, éclairs) supportent mal le sac en papier qui penche dans le métro.
Les pièges à touristes à éviter
Tous les commerces de Montmartre ne se valent pas. Certains surfent sur la localisation sans se soucier de la qualité. Repérer les enseignes à fuir demande un minimum d’observation.
Les vitrines trop chargées, avec des dizaines de références : difficile de tout faire bien. Les prix affichés en gros sur la devanture, souvent accompagnés de drapeaux multilingues. Les pâtisseries sous emballage plastique individuel : signe d’une production industrielle.
| 🏆 Adresse recommandable | ⚠️ Piège probable |
|---|---|
| Peu de références, carte qui change selon les saisons. Pas de wifi ni de prise électrique. Clientèle locale, enfants du quartier qui passent après l’école. Prix cohérents avec le marché parisien. | Carte immense, tout disponible toute l’année. Wifi gratuit, terrasse chauffée, photos Instagram partout. Clientèle 100% touristique. Prix gonflés, portion réduite. |
Les avis en ligne aident, mais ne suffisent pas. Certains commerces achètent des commentaires positifs, d’autres reçoivent des attaques injustes. Faites confiance à votre instinct : une boulangerie vivante, avec du mouvement, des habitués qui saluent l’équipe, c’est déjà un bon signe.
Les valeurs sûres pour offrir
Offrir des pâtisseries parisiennes reste un geste apprécié. Que ce soit pour un dîner chez des amis, un anniversaire, ou un cadeau de remerciement, Montmartre propose des options élégantes.
Les macarons en boîte : classiques, transportables, se conservent quelques jours au frais. Les tartelettes individuelles : plus originales, se dégustent le jour même. Les brioches ou kouglofs : parfaits pour un brunch collectif, se réchauffent au four.
Certaines adresses proposent aussi des coffrets personnalisés : assortiment de petits fours, biscuits secs dans une boîte en métal, pâtes de fruits artisanales. Idéal quand on ne connaît pas les goûts précis de la personne.
- Prévenez la veille pour les commandes de plus de six parts
- Précisez si vous avez des contraintes (allergies, régime sans gluten, végétarien)
- Demandez si l’emballage est adapté au transport (certaines pâtisseries tiennent mal la chaleur)
- Prévoyez un sac isotherme en été pour éviter que la crème ne ramollisse
Les pâtisseries Montmartre se démarquent souvent par leur packaging soigné : papier de soie, ruban, étiquette avec le nom de la maison. Un détail qui fait la différence au moment d’offrir.
Questions fréquentes
Quelle est la meilleure boulangerie de Montmartre pour les croissants ?
Grenier à Pain rue des Abbesses et Arnaud Delmontel rue Damrémont sortent régulièrement en tête. Leurs croissants, feuilletés à la main avec du beurre de qualité, croustillent à l’extérieur et restent moelleux dedans. Passez avant 10h pour les avoir tièdes.
Où trouver des pâtisseries sans gluten à Montmartre ?
Quelques adresses proposent des options sans gluten, mais l’offre reste limitée. Mieux vaut appeler la veille pour vérifier la disponibilité. Certaines pâtisseries acceptent les commandes spéciales si vous prévenez 48 heures à l’avance.
Les pâtisseries de Montmartre sont-elles plus chères qu’ailleurs à Paris ?
Les prix restent dans la moyenne parisienne pour les adresses artisanales. Un croissant coûte entre 1,30 et 1,80 euro, une part de tarte entre 4 et 6 euros. Les enseignes touristiques sur la place du Tertre pratiquent des tarifs plus élevés sans garantie de qualité.
Peut-on commander des gâteaux d’anniversaire dans ces boulangeries ?
Oui, la plupart des pâtisseries artisanales acceptent les commandes pour des occasions spéciales. Prévoyez 3 à 5 jours de délai selon la taille et la complexité. Précisez le nombre de parts, les goûts préférés (chocolat, fruits, crème), et les éventuelles allergies.
Quelles sont les spécialités typiquement montmartroises en pâtisserie ?
Pas de spécialité exclusive au quartier, mais certains classiques parisiens y brillent particulièrement : le Paris-Brest, le flan pâtissier, l’éclair au café. Plusieurs pâtissiers revisitent aussi le baba au rhum avec des alcools artisanaux ou des sirops maison.
Les pâtisseries montmartroises livrent-elles à domicile ?
Certaines adresses proposent la livraison via des plateformes comme Uber Eats ou Deliveroo, mais la qualité peut en pâtir (pâtisseries écrasées, crème qui a coulé). Pour une occasion importante, mieux vaut passer chercher sa commande directement sur place.