On remonte la rue des Martyrs un samedi matin, un panier vide au bras. Les vitrines défilent : boulangerie qui sent le beurre chaud, primeur qui empile ses agrumes comme un tableau flamand, fromagerie où la vendeuse appelle les clients par leur prénom. Cette artère de 1,5 kilomètre traverse deux arrondissements, le 9ème et le 18ème, sans jamais perdre son âme de village. Pas de chaînes, pas de franchises, juste des commerçants qui travaillent la matière première et des Parisiens qui viennent faire leurs courses comme on rend visite à des voisins.
La rue des Martyrs n’est pas un décor de carte postale. C’est une rue vivante, celle où les habitants du quartier se croisent chaque jour, où les enfants rentrent de l’école en grignotant un pain au chocolat, où les terrasses se remplissent dès que le soleil pointe. Entre Pigalle en bas et Montmartre en haut, elle grimpe en pente douce, offrant un échantillon complet de ce que Paris sait faire de mieux : l’art de vivre au quotidien, sans esbroufe.
🏛️ Une rue qui porte un nom chargé d’histoire

L’origine du nom : martyrs chrétiens du IIIe siècle
Le nom ne vient pas d’un fait divers tragique ni d’un événement révolutionnaire. La rue des Martyrs rend hommage aux saints Denis, Rustique et Éleuthère, décapités sur la butte Montmartre au IIIe siècle. Selon la légende, saint Denis aurait ramassé sa tête et marché jusqu’à l’actuel emplacement de la basilique de Saint-Denis. L’histoire est aussi étrange que tenace, elle a traversé les siècles pour s’ancrer dans la toponymie parisienne. La rue a d’abord porté le nom de Chaussée des Martyrs au Moyen Âge, désignant le chemin que les pèlerins empruntaient pour monter vers la chapelle qui dominait la colline. Ce n’est qu’au XVIIIe siècle qu’elle prend officiellement son nom actuel, lorsque le quartier commence à s’urbaniser.
Du faubourg agricole au quartier populaire
Jusqu’à la fin du XVIIIe siècle, la rue des Martyrs sépare Paris de la campagne. Au nord, des champs, des vignes, quelques moulins. Au sud, la ville fortifiée. Les premiers cafés et guinguettes s’installent au pied de Montmartre, attirant les Parisiens en quête d’air frais et de vin pas cher. L’ambiance est villageoise, presque champêtre. Puis vient le XIXe siècle et son cortège de bouleversements. Haussmann ouvre les grands boulevards, le quartier se densifie. Des immeubles de rapport poussent, des ateliers d’artistes s’installent dans les anciennes granges. La rue devient un axe commerçant, fréquenté par les ouvriers, les petits employés, les artistes fauchés. Cette mixité sociale, elle l’a gardée : on croise autant des cadres parisiens que des familles modestes, des étudiants que des retraités du quartier.
✅ À retenir
La rue des Martyrs traverse deux arrondissements (9ème et 18ème) et relie Pigalle à Montmartre. Elle doit son nom aux saints martyrisés au IIIe siècle, et a conservé son caractère populaire et commerçant depuis le XIXe siècle. Pas de grands monuments, pas de musées, juste une rue vivante, habitée, avec ses commerces de quartier et ses terrasses qui débordent.
🍞 Les commerces qui font battre le cœur de la rue

Boulangers, fromagers, primeurs : l’artisanat au quotidien
La rue des Martyrs compte une densité de commerces alimentaires artisanaux qu’on ne retrouve nulle part ailleurs à Paris. On y croise des boulangers qui pétrissent leur pâte à 4h du matin, des fromagers qui affinent leurs tommes en cave, des primeurs qui vont chercher leurs légumes à Rungis avant l’aube. Arnaud Delmontel, boulanger-pâtissier installé au numéro 39, a remporté le titre de meilleur croissant de Paris en 2007, et ses clients font encore la queue pour ses pains au levain et ses tartes aux fruits de saison. Quelques numéros plus haut, la fromagerie Cheese Alain Dubois propose plus de 200 références, des pâtes dures italiennes aux chèvres fermiers normands. Le patron connaît l’histoire de chaque meule, le nom du producteur, le mois d’affinage optimal. Ce n’est pas de la nostalgie : c’est un savoir-faire transmis, préservé, exercé chaque jour.
Les primeurs se succèdent : Terra Corsa au 118, qui importe ses produits directement de Corse, l’Épicerie Verte au 5, qui défend le bio de petits producteurs franciliens. Les étals débordent sur le trottoir, les cagettes s’empilent, les clients palpent les tomates, soupèsent les melons, demandent conseil pour un accord poisson-légume. L’ambiance est bruyante, vivante. On n’est pas dans le supermarché silencieux où personne ne se parle. Ici, on discute, on compare, on recommande. Le commerce est un lien social avant d’être une transaction.
Cafés et adresses gourmandes : l’art du ralentissement
Les cafés de la rue des Martyrs ne ressemblent pas aux brasseries touristiques des grands boulevards. Ce sont des lieux de quartier, où les habitués ont leur table et où les serveurs connaissent les prénoms. Marlette, au 51 rue des Martyrs, incarne cette philosophie du slow coffee : on y vient pour ralentir, pour souffler, pour savourer un cappuccino préparé avec soin et un cookie préparé par nos soins, moelleux et réconfortant. L’ambiance est bienveillante, jamais pressée. Pas d’ordinateurs entre 11h30 et 14h30, pas de course contre la montre. Juste le plaisir de s’asseoir, de discuter, de regarder la rue vivre. Les préparations pâtissières bio, cookies pépites chocolat-sésame ou chocolat-noix, fondant au chocolat à la fleur de sel de l’île de Ré, brownies noix de pécan, scones, pancakessont préparées par nos soins dans l’atelier de l’île de Ré, sans conservateurs ni raccourcis industriels. C’est cette authenticité-là que les clients viennent chercher. Pour découvrir d’autres adresses qui partagent cette philosophie, parcourez nos guides d’inspirations et découvertes.
Quelques numéros plus bas, La Chambre aux Confitures fabrique ses bocaux dans l’arrière-boutique. Le Grenier à Pain, au 38, propose des tartines généreuses et des sandwichs garnis de produits locaux. La Réserve, cave naturelle au 59, organise des dégustations le samedi après-midi. Chaque adresse a son identité, son parti pris, sa clientèle fidèle. On ne vient pas rue des Martyrs pour consommer vite, on vient pour prendre le temps, pour parler au commerçant, pour repartir avec un produit dont on connaît l’origine.
💡 Notre conseil
Remonte la rue à pied un samedi matin, entre 10h et 12h. C’est l’heure où les commerçants sont en pleine activité, où les clients du quartier font leurs courses, où les terrasses se remplissent. Prévois un panier : impossible de ressortir les mains vides après avoir croisé tant de bonnes choses.
Boutiques de créateurs et librairies : l’esprit bohème du quartier
La rue des Martyrs n’est pas qu’une artère alimentaire. Elle abrite aussi des boutiques de créateurs, des friperies, des concept stores qui défendent un artisanat textile ou décoratif loin des circuits de la grande distribution. Chez Spree, au 16, on trouve des vêtements de jeunes créateurs français et européens, des pièces uniques chinées, des accessoires fabriqués en petite série. L’Empreinte, au 56, vend des bijoux d’artistes indépendants, des céramiques tournées à la main, des objets de papeterie faits maison. La Librairie des Abbesses, légèrement en retrait rue Yvonne-Le-Tac, propose une sélection pointue de littérature contemporaine et organise des rencontres avec les auteurs. Ces adresses ne cherchent pas à plaire à tout le monde : elles assument un parti pris esthétique, une vision du commerce comme acte culturel. Et ça fonctionne, parce que les habitants du quartier veulent soutenir ce type d’initiatives. Pas de vitrine standardisée, pas de collections identiques d’une ville à l’autre : du singulier, du fait main, du risqué.
🌳 L’ambiance parisienne qui séduit locaux et visiteurs

Entre Pigalle et Montmartre : deux univers, une même rue
La rue des Martyrs traverse deux mondes en 1,5 kilomètre. En bas, côté Pigalle (9ème arrondissement), l’ambiance est urbaine, dense, cosmopolite. Les immeubles haussmanniens se serrent, les rues adjacentes grouillent de vie nocturne. C’est le Paris des théâtres, des cabarets, des néons qui clignotent après 22h. Puis la rue commence à grimper. Le paysage change. Les façades se font plus basses, les trottoirs s’élargissent, les arbres apparaissent. On entre dans Montmartre, le 18ème arrondissement, avec ses airs de village perché. Les terrasses se multiplient, les passants ralentissent. En haut de la rue, on n’est plus qu’à quelques minutes de la place des Abbesses et de la basilique du Sacré-Cœur. Cette dualité fait tout le charme de l’artère : elle relie deux Paris différents sans jamais trahir ni l’un ni l’autre. Les habitants du 9ème montent vers Montmartre pour respirer, ceux du 18ème descendent vers Pigalle pour profiter de l’effervescence. Et tout le monde se croise rue des Martyrs.
Une rue vivante, habitée, loin des clichés touristiques
La rue des Martyrs n’est pas inscrite dans les guides touristiques classiques. Elle n’a pas de monument classé, pas de pancarte explicative, pas de circuit balisé. C’est ce qui en fait toute la valeur : on y vit, on n’y fait pas semblant. Les habitants du quartier y font leurs courses, y prennent leur café du matin, y croisent leurs voisins. Les touristes qui la découvrent cherchent justement ça : le Paris des Parisiens, pas celui des attractions payantes. Ils veulent voir comment on habite vraiment cette ville, comment on s’approprie un quartier, comment on crée du lien dans une métropole de 2 millions d’habitants. La rue des Martyrs répond à cette attente sans forcer le trait. Pas de folklore, pas de mise en scène : juste une rue qui fonctionne, où les commerces ouvrent tôt et ferment tard, où les terrasses débordent dès le premier rayon de soleil, où les enfants rentrent de l’école en traînant les pieds. Pour explorer d’autres quartiers parisiens avec ce même regard authentique, consultez nos guides de quartier gourmands à Paris.
Démarre en bas de la rue, côté 9ème arrondissement. L’ambiance urbaine, les vitrines qui se succèdent, le brouhaha des trottoirs. C’est le point de départ idéal pour remonter vers Montmartre.
Laisse-toi guider par les vitrines, les odeurs, les conversations qui débordent des terrasses. Entre dans une boulangerie, goûte un fromage chez le crémier, achète trois tomates au primeur. La rue se mérite : elle ne se consomme pas en coup de vent.
Arrive en haut de la rue, côté Abbesses. Assieds-toi en terrasse, commande un café, regarde les gens passer. Tu viens de traverser deux arrondissements, deux ambiances, et un condensé de ce que Paris fait de mieux : l’art de vivre au quotidien.
Le week-end rue des Martyrs : quand le quartier se déploie
Le samedi et le dimanche, la rue des Martyrs change de rythme. Les terrasses se remplissent dès 10h du matin. Les groupes d’amis s’installent pour un brunch qui dure jusqu’à 14h. Les couples se partagent un fondant au chocolat et un cappuccino chez Marlette, attablés côté fenêtre pour voir défiler les passants. Les familles remontent la rue en poussette, s’arrêtent chez le primeur pour acheter des fraises, repartent avec un pain de campagne sous le bras. L’ambiance est détendue, presque estivale, même en plein hiver quand le soleil perce. Pas de course contre la montre, pas de métro à attraper. Juste le plaisir de prendre son temps, de traîner, de s’asseoir sur un banc avec un livre. Cette capacité à ralentir en plein cœur de Paris, c’est ce que les habitants du quartier défendent farouchement. Ils savent que la rue des Martyrs reste vivante parce qu’elle n’a pas cédé aux chaînes de restauration rapide, aux franchises standardisées, aux loyers qui chassent les commerçants indépendants. Chaque enseigne qui ferme est un crève-cœur. Chaque nouvelle ouverture artisanale est une victoire collective.
| ✅ Ce qui fait l’âme de la rue | ❌ Ce qu’on n’y trouve pas |
|---|---|
| • Commerces artisanaux tenus par des passionnés • Terrasses où les habitués ont leur table • Ambiance de quartier, mixité sociale • Produits locaux, bio pour certains, toujours travaillés avec soin |
• Chaînes de restauration rapide • Boutiques de souvenirs pour touristes • Monuments classés ou musées • Grands boulevards haussmanniens (c’est une rue à taille humaine) |
Questions fréquentes
Pourquoi la rue des Martyrs porte-t-elle ce nom ?
La rue des Martyrs rend hommage aux saints Denis, Rustique et Éleuthère, martyrs chrétiens décapités sur la butte Montmartre au IIIe siècle. La légende raconte que saint Denis aurait ramassé sa tête et marché jusqu’à l’actuel emplacement de la basilique de Saint-Denis. Le nom Chaussée des Martyrs désignait au Moyen Âge le chemin des pèlerins montant vers la chapelle de Montmartre. La rue prend son nom définitif au XVIIIe siècle, lorsque le quartier s’urbanise.
Quels sont les meilleurs commerces artisanaux rue des Martyrs ?
La rue des Martyrs concentre une densité exceptionnelle de commerces artisanaux. Parmi les incontournables : Arnaud Delmontel (boulanger-pâtissier au 39), Cheese Alain Dubois (fromagerie avec plus de 200 références), Terra Corsa (primeur spécialisé produits corses au 118), Marlette (coffee shop slow coffee au 51), La Chambre aux Confitures (confitures artisanales), et La Réserve (cave naturelle au 59). Chaque adresse défend un savoir-faire transmis et des produits de qualité.
Comment accéder à la rue des Martyrs en métro ?
La rue des Martyrs est accessible par plusieurs stations de métro. En bas de la rue (côté 9ème arrondissement) : Pigalle (lignes 2 et 12) ou Saint-Georges (ligne 12). En haut de la rue (côté Montmartre, 18ème) : Abbesses (ligne 12) ou Blanche (ligne 2). La rue monte en pente douce de Pigalle vers Montmartre, sur environ 1,5 kilomètre. Prévoir 20 minutes à pied pour la parcourir tranquillement.
Quel est le meilleur moment pour découvrir la rue des Martyrs ?
Le samedi matin entre 10h et 12h est le moment idéal pour découvrir la rue des Martyrs. Les commerces sont en pleine activité, les habitants du quartier font leurs courses, les terrasses se remplissent. L’ambiance est vivante et authentique. Le dimanche matin offre une atmosphère plus détendue, avec les brunchs qui s’étirent jusqu’en début d’après-midi. En semaine, la rue est plus calme mais tout aussi charmante, avec les habitués qui prennent leur café du matin chez leurs commerçants préférés.
La rue des Martyrs est-elle touristique ou authentique ?
La rue des Martyrs reste une rue de quartier authentique, habitée et vivante. Elle ne figure pas dans les circuits touristiques classiques et n’a pas de monuments classés. Les commerces sont tenus par des artisans indépendants, et la clientèle est majoritairement composée d’habitants du 9ème et du 18ème arrondissement. Les touristes qui la découvrent cherchent justement ce Paris des locaux, loin des attractions payantes et des clichés. Cette authenticité préservée fait toute la valeur de la rue.
Peut-on bruncher rue des Martyrs le week-end ?
Oui, plusieurs adresses proposent des brunchs le week-end rue des Martyrs. Chez Marlette au 51, le brunch est un rituel du samedi et dimanche, avec des préparations pâtissières bio préparées par nos soins (cookies, fondant au chocolat, brownies, scones, pancakes aux Abbesses), des plats de saison, des avocado toasts, des œufs brouillés, et des boissons aux vertus bien-être comme l’Ube latte, le Matcha latte ou le Chai latte. La philosophie du slow coffee invite à prendre son temps, sans pression. Aux heures de brunch, pas de réservation : on vient voir s’il y a de la place.